La longue carrière de la parisienne Marie-Victoire Jaquotot (1772-1855), à la manufacture de Sèvres, débuta avec le siècle. La perfection et la facture raffinée de son travail amenèrent l'administrateur de Sèvres, Alexandre Brongniart, nouvellement nommé, à lui confier des pièces de plus en plus importantes. Agréée comme « peintre de figures» (c'est-à-dire appartenant à la catégorie des peintres de la manufacture la mieux payée), elle multiplia les effigies de l'Empereur et des personnages, les plus importants à divers titres, de son époque.
Musicienne et cultivée, elle participa au mouvement du retour aux valeurs nationales, en copiant sur porcelaine des portraits historiques. Tout d'abord sur des pièces de service mais peu à peu, elle y ajouta la spécialité de copies de tableaux anciens qui l'amena à s'affranchir des formes Utilitaires pour de grandes surfaces encadrées comme des tableaux et ayant même statut. Cette évolution se fit par le biais de la copie des maîtres de la Renaissance italienne.
L'époque se préoccupe de l'état de conservation des tableaux et croit leur dégradation, irréversible.
La céramique, réputée «inaltérable» et d'un rendu moins grossier que la mosaïque, apparaît comme le moyen de préserver ce patrimoine pour les générations futures. Brongniart en est le premier persuadé: aussi perfectionna-t-il le mode de fabrication des plaques en porcelaine dure et, dès 1814, réussit-il la mise au point de leur coulage. Il y eut donc coïncidence entre les aspirations esthétiques d'une époque, une technique élaborée et la manière précieuse d'une artiste raffinée capable de se fondre dans l'esprit d'un maître, au moins aux yeux de cous ses contemporains. Ainsi s'expliquent tant de soins, de patience et d'argent pour copier ces tableaux.
Et de toutes ces tentatives de copies de tableaux- prodige technique - exécutées avec ces procédés les plus divers, on aura compris combien la plaque de porcelaine a pu retenir l'attention malgré les questions restées en suspens: la part toujours combattue de l'aléatoire du procédé, la fidélité subjective des couleurs au modèle, celle, impossible, due aux proportions et à la composition ou encore celle du rendu de la touche du peintre copié. Les plaques de porcelaine allaient tomber dans l'oubli car la notion d'imitation, comme celle de preuve scientifique, est étroitement culturelle: elle a son histoire, ses raisons, ses enjeux idéologiques et sociaux. Juger ces œuvres avec le regard du XXIe siècle, habitué aux photographies et aux publications illustrées, est un contresens: l'esprit qui préside à ces commandes et à ces créations est moderne car préoccupé de restauration et de conservation du patrimoine des chefs-d'œuvre européens. Précisément, lorsque d'autres moyens de reproduction furent trouvés et mis au point, les plaques perdirent leur sens et apparurent comme des plagiats auxquels leur inaltérabilité ne servait plus de caution.